La simplicité trahie

Satire pour une actrice et des marionnettes sur le luxe d’être une femme

Librement inspiré par les œuvres littéraires de Arcangela Tarabotti et l’histoire des Clarisses d’Udine

LE CONTEXTE HISTORIQUE

Au 15ème siècle, avoir une fille était perçu comme un problème plutôt conséquent : aux yeux du père elle représentait une partie du patrimoine économique familial qui partait en fumée au moment du mariage. Avoir une fille équivalait donc à une perte économique. Avoir une fille belle et saine était évidemment avantageux d’un point de vue économique parce qu’une dot modeste suffisait à la marier, tandis qu’avoir une fille pas très gracieuse ou avec quelques défauts physiques signifiait un investissement plus onéreux. Malheureusement, en temps de crise économique, le marché du mariage subissait un effondrement généralisé. Afin de contrecarrer l’inflation continue des dots et afin de trouver une solution alternative pour « caser » leurs filles en surnombre, les pères avaient une solution : mettre leurs filles dans un couvent de force afin qu’elles deviennent religieuses.

LA RESISTANCE DES CLARISSER D'UDINE

Les nonnes de Santa Chiara d’Udine développèrent une forme de résistance vraiment unique en son genre. Ces femmes transformèrent le couvent d’Udine en un espace de contestation, de liberté de pensée, de désacralisation des dogmes religieux et de la culture machiste avec une ferveur culturelle impensable pour l’univers des femmes de l’époque. Évidemment, l’Inquisition chercha à rétablir d’une main de fer un contrôle sur le couvent et sur cette communauté de nonnes, mais les Clarisses réussirent à résister pour des années en se moquant de pouvoir machiste et créant, au sein du couvent, une alternative surprenante à une société de laquelle les femmes étaient exclues du pouvoir politique, économique et social.

LA SIMPLICITÉ TRAHIE, AUJOURD'HUI

Aujourd’hui plus que jamais il y a un besoin extrême de parler de la Résistance des femmes parce que notre société est très contradictoire : d’un côté nous avons besoin de garantir par loi la présence minimale des femmes en politique à travers ce qu’on appelle en italien le quote rosa, d’un autre les femmes sont au centre de la vie médiatique représentant une marchandise d’échange entre politiques et entrepreneurs corrompus…
La semplicità ingannata raconte les premières graines qui ont fait naitre la revendication des femmes du 15ème siècle, pour essayer de relancer une révolution dont nous ne sentons plus le besoin aujourd’hui, peut-être pas par hasard, mais pour une stratégie précise qui, même avec des modalités différentes, nous écrase sous le pouvoir des hommes.

NOTE D'INTENTION

Ce spectacle, comme È bello vivere liberi! implique l’élaboration et la réécriture d’une histoire partant d’une prospective principalement historique et documentaire et s’élargissant à une vision plus artistique et contemporaine prête à dépasser les frontières du réel, du philologique, du politiquement correct. La semplicità ingannata n’est pas un documentaire mais un projet artistique où le théâtre donne aussi la possibilité de trahir le fait établi ou au moins de le considérer un point de départ permettant de rebondir sur une histoire qui a comme sujet principal la société, les femmes et les hommes qui la composent.
L’écriture de ce texte a été un travail compliqué, surtout pour une question fondamentale qui m’a longuement interrogée : jusqu’à quel point est-il permis d’élaborer des faits sans que cette opération se transforme en une trahison pure et simple de la vérité historique ?
Dans ce projet, j’ai cherché d’élaborer certains aspects de cette histoire vraie en utilisant des analogies pour les rendre plus contemporaines et proches de nous, spectateurs d’aujourd’hui. Pour cela, j’ai cherché à faire en sorte que les concepts comme l’hérésie ou la dot par exemple assument aussi d’autres significations, plus larges que celles littéraires et que le « couvent forcé » devienne un symbole assimilé non exclusivement à la condition des femmes dans son ensemble.
La semplicità ingannata parle du destin collectif des générations de femmes et de la possibilité de faire « chœur » pour le changer.

LIGNES DIRECTRICES DU PROJET

Le spectacle È bello vivere liberi! a marqué la première étape d’un parcours qui a comme fil conducteur la thématique des Résistances des femmes en Italie. Durant la lutte pour la Libération de l’Italie pendant la Seconde Guerre Mondiale, les jeunes partisans avaient eu une intuition très importante : considérer la Femme comme une ressource fondamentale pour la paix et la justice, et donc pour la société. Cette intuition, qui anticipait de plusieurs décennies la naissance d’un vrai mouvement féministe, avait en réalité des racines profondes dans l’histoire de l’Italie remontant à la deuxième moitié du 19ème siècle. Par contre, nous ne savons pas grand-chose de certaines tentatives d’émancipation des femmes en Italie survenues déjà au 15ème siècle - car tout de suite étouffées et oubliées.
Avec ce nouveau projet théâtral, je voudrais donner vie aux témoignages de certaines jeunes femmes qui, à cette période, ont lutté contre les conventions sociales, revendiquant une liberté de pensée et développant un esprit critique envers les dogmes de la culture masculine et machiste. Et surtout la liberté d’inventer un modèle pour les femmes alternatif à celui que les hommes imposaient depuis toujours à l’autre moitié de l’humanité.

LE MONTAGE DE PRODUCTION DU SPECTACLE

Avec l’aide de mes collaborateurs, j’ai décidé d’essayer le microcrédit pour donner vie à une forme de production théâtrale populaire, indépendante et participative. Nous n’avons pas demandé un financement à fond perdu mais un microcrédit qui sera rendu avec l’éventuel achat d’une représentation du spectacle, favorisant à la fois la vie et la visibilité du travail théâtral.
Il s’agit d’un projet de Village Producing qui s’inspire de Village Banking, une des méthodologies de microcrédit qui est en train de sauver l’économie locale des pays pauvres. Nous avons proposé une expérience de « production théâtrale participative » parce que nous croyons en un développement théâtral durable d’un point de vue social et économique.
L’objectif est l’autonomie économique du projet artistique qui voit dans le microcrédit non seulement une forme de financement mais aussi l’opportunité de créer une vraie et singulière forme de cohésion sociale entre les artistes et les opérateurs culturels.

LES RESISTANCES FEMININES

La simplicité trahie est la deuxième étape du projet sur les résistances des femmes en Italie

tour

Nessuno spettacolo futuro al momento

PHOTOS


photos de Alessandro Sala/Cesuralab pour Centrale Fies

credits

De et avec : Marta Cuscunà
Assistant réalisateur : Marco Rogante
Création lumière : Claudio “Poldo” Parrino
Création son : Alessandro Sdrigotti
Régie plateau, son & lumières : Marco Rogante, Alessandro Sdrigotti
Réalisation décor : Delta Studios ; Elisabetta Ferrandino
Réalisation costumes : Antonella Guglielmi

Coproduction : Centrale Fies, Operaestate Festival Veneto
Suivi et diffusion : Centrale Fies | Diffusion France : Jean-François Mathieu
Avec le soutien de Provincia Autonoma di Trento-T-under 30, Regione Autonoma Trentino-Alto Adige/Südtirol, Comitato Provinciale per la promozione dei valori della Resistenza e della Costituzione repubblicana di Gorizia, A.N.P.I. Comitato Provinciale di Gorizia, Assessorato alla cultura del Comune di Ronchi dei Legionari, Biblioteca Sandro Pertini di Ronchi dei Legionari, Assessorato alle Pari Opportunità del Comune di Monfalcone, Claudio e Simone del Centro di Aggregazione Giovanile di Monfalcone et les participants du microcrédit théâtral du projet : Assemblea Teatrale Maranese-Marano Lagunare UD; Federico Toni; Laboratorio Teatrale Re Nudo-Teatri Invisibili; Nottenera.Comunità_Linguaggi_Territorio; Bonawentura/Teatro Miela-Trieste; Spazio Ferramenta; Tracce di Teatro d'Autore; L'Attoscuro Teatro - Montescudo di Rimini.
Librement inspiré de Lo spazio del silenzio de Giovanna Paolin, (Ed. Biblioteca dell'Immagine, 1998)
Marta Cuscunà fait partie du projet Fies Factory.

Bibliographie

Lo spazio del silenzio di Giovanna Paolin (Ed. Biblioteca dell'Immagine 1989)
L'eterodossia nel monastero delle Clarisse di Udine nella seconda metà del '500 di Giovanna Paolin, Collectanea franciscana, periodicum cura Instituti Historici (Ordinis Fratrum Minorum Capuccinorum Editum, 1980)
La semplicità ingannata di Arcangela Tarabotti, a cura di Simona Bartot (Ed Il Poligrafo, 2007)
L'Inferno monacale di Arcangela Tarabotti, a cura di Francesca Medioli (Ed. Rosenberg&Sellier, 1990)
Satira e antisatira sul lusso donnesco di Arcangela Tarabotti, a cura di Francesca Buoninsegni (Ed. Salerno, 1998)
Donne e monache: quindici secoli di vita friulana tra cronaca e storia di Giuseppe Marcotti (Ed. Tarantola-Tavoschi, 1975)
I Promessi Sposi di Alessandro Manzoni (Ed. Scolastiche Mondadori, 1946)
Ave Mary di Michela Murgia (Ed. Einaudi, 2011)
Sii bella e stai zitta di Michela Marzano (Ed. Mondadori 2010)
Il calice e la spada di Riane Eisler, (Ed. Frassinelli, 1987)
La sposa cristiana ossia la donna secondo il cuore di Dio di Laura Di Barezia (Ed.Ferrari, 1938)

PRESSE

Revue de presse ici